La scolarisation des multiples

Publié le par Jumeaux 79

Tout d’abord, un grand merci à l’association Jumeaux et Plus 17 de nous avoir invité à leur conférence « La scolarisation des multiples » animée par Fabrice Bak qui a eu lieu le 8 avril dernier.

 

Les différentes étapes de développement des multiples

* De la naissance à 2 ans : l’entité gémellaire

C’est cette étape qui est particulière aux multiples. Les multiples se côtoient depuis qu’ils ont grandi dans le ventre de leur mère et sont toujours ensembles depuis leur naissance. Les laisser ensemble est important car même s’ils ne parlent pas, ils communiquent ensemble.

Pour illustrer cette communication, voici la vidéo diffusée :

* De l’âge de 2 ans à 6-7 ans : la complémentarité

Après la période de fusion vient celle de la complémentarité. Les enfants vont rechercher leurs singularité, ils vont s’opposer et développer des capacités et des aptitudes complémentaires.

La première année de maternelle est une étape importante car elle permet de voir le développement de chaque enfant. On peut observer des éléments de parasitage comme du retard dans le langage, des difficultés d’ordre psycho affectif (liée à la construction de l’identité) ou d’ordre cognitifs (spatialisation, raisonnement, généralisation). Ces éléments de parasitage s’expliquent par le fait que les multiples ont vécu une phase fusionnelle ce qui peut retarder la maturité cognitive de 6 à 9 mois.

Si c’est difficultés ne s’estompent pas, ne pas hésiter à en discuter avec l’équipe enseignante.

* A partir de 6-7 ans : l’autonomie (phase 1)

C’est à partir de cet âge-là que les enfants ont intégré / digéré leur particularité gémellaire et qu’ils vont s’autonomiser l’un vis-à-vis de l’autre.

Vers le CM1/CM2, il est intéressant de les laisser dans la même classe pour leur apprendre à travailler ensemble et favoriser l’émulation (et non la compétition), aptitudes qui les aideront au collège.

* A partir de 11-12 ans : la puberté (et la phase 2 de l’autonomie)

C’est à partir de cet âge-là que les adolescents ont la capacité à raisonner par eux-mêmes (raisonnement hypothético-déductif) mais le rôle des parents est de les « ancrer dans le réel* ».

L’adolescence est « est monde à part, où plein de choses se passent ». Mais pour des multiples, c’est une période charnière qui peut influer sur leur vie future, c’est à cette époque qu’ils vont devoir réorganiser le lien gémellaire afin de permettre l’accueil au « tiers ».

A la séparation d’avec les parents s’ajoute la séparation d’avec son co-jumeau. C’est une difficulté supplémentaire qui va redéfinir la relation avec son frère, sa sœur, trouver un équilibre entre la proximité et la distance, la ressemblance et la différence, …

Les filles entrent plus tôt dans l’adolescence, les garçons un peu plus tard, les couples fille-garçon ont l’avantage d’avoir un « allié » dans le camps adverse (fille ou garçon) car l’adolescence est tournée vers la « découverte » de l’autre sexe.

Ci-dessous l’illustration des différences entre le cerveau des filles et des garçons.

 

 

La scolarisation des multiples

* Les adolescents peuvent raisonner par eux-mêmes mais ils n’ont pas encore la connaissance et les codes de la société. Le rire permet de « cacher » ce qu’ils ne comprennent pas, notamment ce qui touche à la sexualité. Le rôle des parents est d’identifier les malaises ou incompréhensions et de leur expliquer. De même, il faut être attentif aux signes de détresse et de dépression.

Les multiples et l’école

 

Sur les plans psycho affectifs et cognitifs, s’il n’y a pas de problèmes d’ascendance prégnante (situation de dominance), le professeur Bak recommande de laisser les multiples ensembles, jusqu’en CM2, et surtout la première année de maternelle : ils doivent se séparer de leurs parents, voir leur co-jumeau (jumelle) les rassurent.

S’il doit y avoir séparation, il faut surtout bien préparer la séparation, ne jamais l’imposer car pour chaque couple de jumeaux, il y a une séparation différente.

La séparation ne doit pas intervenir dans un contexte psycho affectif difficile (séparation des parents, décès, etc.).

 

En revanche, la séparation au collège, en 6ème est préconisée. Si les enfants sont très angoissés vis-à-vis de cette rentrée, la discussion est encore possible tout en négociant une séparation pour l’année suivante de façon ferme et bien sûr si cela est possible en fonction des options.

 

Dégémelliser

C’est René Zazo qui a popularisé ce terme au milieu du XXème siècle. Pour lui, dégémelliser c’est séparer les jumeaux afin que chacun se développe de manière autonome. Cela était peut-être vrai dans les années 60 où les jumeaux et souvent aussi les fratries pouvaient dormir dans la même chambre, dans le même lit mais aujourd’hui cela revient à nier le lien gémellaire qui est un lien particulier pour toute la vie.

Dégémelliser, c’est aussi une réponse à l’angoisse des « singletons » qui ne distinguent pas les jumeaux, surtout les monozygotes, l’angoisse de se retrouver face à un « bloc » indissociable.

Ce sont ces angoisses que l’on peut retrouver chez les pédagogues scolaires.

 

Souvent (ou trop souvent), l’institution scolaire applique cette consigne en expliquant aux parents que c’est pour le bien des enfants et le jour de la rentrée des parents se retrouvent devant le fait accompli : leurs enfants sont dans des classes séparées.

Une séparation précoce peut entraîner des conséquences cognitives et psycho affectives sur le développement des enfants.

 

Quels sont les recours des parents face aux enseignants ? Tout d’abord la discussion et la négociation car ce sont les parents qui connaissent le mieux les enfants. Maintenir le dialogue tout en expliquant vos arguments avec fermeté, ne jamais rentrer en conflit frontal avec l’équipe enseignante car cela pourrait se retourner contre les enfants*.

Il est à noter que l’école maternelle n’est pas obligatoire et qu’en cas de conflit très dure avec les parents, le directeur/ directrice de l’école peut tout à fait refuser les enfants.

 

Si les enfants sont en primaire, l’école est obligatoire et ne peut refuser vos enfants. En cas de conflit, les parents peuvent :

- demander une réunion pédagogique où parents, enfants, enseignants et directeur discutent autour d’une table

- convoquer l’inspecteur de circonscription pour trancher (mais il n’émettra qu’un avis en maternelle car l’école n’est obligatoire qu’à partir de 6 ans)

- se référer à la décision de justice et à la réponse ministérielle qui se trouve dans ce document page 7 et 8

- éventuellement faire appel à un membre de l’association Jumeaux et Plus

 

*Idem, si vous rencontrez des difficultés à l’école, il est recommandé de passer par l’association des parents d’élèves pour rester anonyme afin d’éviter d’éventuelles stigmatisations des enfants.


 

Retours sur des expériences de parents de multiples en Deux-Sèvres :

Personnellement, mes deux garçons sont rentrés en classe de Petite section dans une école de quartier de Niort. Il n’y avait qu’une classe par niveau et leur maîtresse s’est retrouvée en début d’année avec deux couples de jumeaux (2 garçons et 2 filles) sans que cela ne pose de problème particulier. C’est cette maîtresse qui leur a expliqué que chacun pouvait faire une activité différente, les débuts de leur autonomisation de l’un vis-à-vis de l’autre.

L’année suivante, à la veille de la rentrée, la directrice nous a appelé nous prévenant de la très probable possibilité d’avoir 2 classes de petits-moyens pour nous demander notre souhait de séparer ou non nos garçons, et l’année suivante elle a fait de même.

Cet échange a continué avec le directeur du primaire lorsque nous avons émis le souhait de les séparer pour le CP puisque les élèves étaient encore suffisamment nombreux pour avoir 2 classes. La difficulté fut alors de choisir quel garçon irait dans la classe à double niveau, les deux ayant le niveau pour suivre.

 

Une autre expérience dans une commune de l’agglomération de Niort. Suite à une mobilité professionnelle des parents venant d’une autre région et en milieu d’année, un couple de jumeaux garçon-fille a été séparé en maternelle au prétexte que c’était le mieux pour eux, pour faciliter leur intégration alors que dans leur ancienne école ils étaient ensembles.

Résultat : aucun des deux enfants ne se sont faits d’amis, ils se cherchaient quand ils étaient en classe et communiquaient peu avec les autres enfants et lorsqu’ils se retrouvaient en récréation, ils ne jouaient qu’entre eux.

La situation s’est améliorée en déménageant dans une ville plus petite où l’école les a accueillis dans la même classe.

Ne pas dégémelliser mais individualiser

 

Selon le professeur Bak, dégémelliser est un non-sens, une négation du lien gémellaire.

En tant que parents, notre rôle est d’accompagner le développement de la personnalité de nos enfants, de les observer, de découvrir leurs préférences et de les respecter car ils resteront toujours le compagnon idéal l’un pour l’autre.

Etre parents, c’est ne jamais vivre dans la certitude, se questionner en permanence.

 

Individualiser ses enfants consiste à :

- accepter et à permettre à chaque enfant de se développer dans ce lien gémellaire

- faire accepter à l’entourage que ce sont des compagnons idéals

- se positionner en médiateur et à favoriser l’émulation et non la compétition*

- les aider à se positionner l’un vis-à-vis de l’autre et à lutter avec eux contre le regard de la société qui est fascinée par les jumeaux.

 

Le défi des parents est de les aider à passer par toutes les étapes de développement et de ne pas les laisser dans la fusion ou dans la complémentarité qui auront des conséquences sur leur futur.

Par exemple, si les enfants sont fusionnels, ils ne auront du mal à s’investir dans une relation amoureuse et à laisser de la place aux conjoint(e)s.

* ne pas les comparer pendant la petite enfance

 

A l’adolescence, les parents délaissent le rôle d’arbitre pour endosser celui de guide (car scientifiquement l’adolescence se termine à 25 ans!) en repositionnant/ fixant les règles mais aussi :

- admettre leur besoin d’intimité

- encourager chacun dans ses spécificités

- les accompagner en devenant un négociateur

- établir des règles en fonction de leur maturité

 

L’aide et le retour d’expérience d’autres parents de jumeaux adolescents sont vivement recommandés voire indispensables pour mieux naviguer sur cet océan agité!

 

Les différents troubles repérés en milieu scolaires

 

Il existe différents troubles qui se révèlent lors de la scolarité mais les jumeaux ne sont pas plus sujets à ces troubles que les autres enfants.

 

Ces troubles sont d’origine fonctionnelle, c’est-à-dire qu’une fonction intellectuelle ou motrice s’est peu développée ou pas assez ou alors pas du tout et qu’il faut la rééduquer.

 

Pour chacun de ces troubles, un diagnostic complet est établi qui prend en compte 4 domaines (affectif, social, bio physiologique et cognitif) afin de limiter les erreurs de diagnostic.

Ce diagnostic est important car il permet

- d’expliquer aux parents et à l’enfant la source des difficultés et permet ainsi de déculpabiliser

- de mettre fin à la dévalorisation

- de réapprendre la confiance en soi

- d’instaurer un suivi personnalisé et pluri-professionnel de l’enfant

 

Un protocole complet est mis en place pour chaque trouble diagnostiqué.

 

A- le TDAH

C’est le trouble du déficit d’attention et d’hyperactivité, le plus connu, seuls 3 à 5 % des enfants sont touchés, 9 garçons pour 1 fille, qui doit être observé pendant au moins 6 mois.

Un bilan complet est prescrit et si ce bilan ne révèle pas de problèmes physiologiques, alors l’enfant souffre plus d’un problème psycho-affectif.

 

Car le trouble TDAH est d’origine fonctionnelle, une rééducation de ce dysfonctionnement est obligatoire par une prise en charge neuropsychologique que seuls des neuropsychologues sont en mesure d’assurer.

Pour information, lors du traitement de ce trouble, un médicament type Ritaline est prescrit mais la durée moyenne de cette prescription est de 2 ans car la prise en charge neuropsychologique éduque la fonction mal ou non développée et c’est cette rééducation qui permet la diminution très sensible des troubles de l’attention.

B- Les dyslexies

Ce sont les troubles de la lecture, observés depuis au moins 2 ans. Il existe 5 formes de dyslexies que les orthophonistes identifieront lors du bilan demandé.

C- La dysorthgraphie

D- Les dys praxies

Il s’agit de l’harmonisation des gestes.

Par exemple, un dysfonctionnement d’un muscle de l’avant bras peut être la cause d’une écriture qui ne suit pas les lignes.

E- Les syndromes de dysfonctionnement non verbal

 

Pour résumer, le lien gémellaire est une aide mutuelle pour la vie et être jumeau apporte aussi des avantages :

- ils ont plus d’empathie

- ça permet d’entrer plus facilement en contact avec les autres (attirance/ fascination des jumeaux)

- ils accèdent à plus de copains

- se réconfortent l’un l’autre si besoin

- ils peuvent faire des blagues

 

Pour aller plus loin sur le sujet, ci-dessous les recommandations du professeur Bak :

Livres :

- L’éducation des Jumeaux et Multiples de 3 à 18 ans de Christina Baglivi Tinglov

- Même pas grave ! L’échec scolaire ça se soigne du Dr Olivier Revol

- Maman, j’aime pas l’école de Fabrice Bak et Monique Tantôt

 

Sur les problématiques de fusion ou de complémentarité qui continuent à l’âge adulte :

- Film Faux-semblants de David Cronenberg

- Le mystère des Jumeaux de Nils Tavernier

 

Vous pouvez aussi retrouver le dossier de la Fédération ici qui met à disposition un petit dépliant sur ce sujet. N’hésitez pas à le demander à Muriel notre secrétaire.

Vous trouverez l’ancienne version ici.

 

Publié dans Les Dossiers

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James 20/04/2017 10:45

Vous n'avez pas trouvé plus stupide, comme illustration?

Jumeaux 79 20/04/2017 22:26

Cela faisait partie de la conférence pour illustrer les grandes différences et un décalage dans le temps de la maturité entre fille et garçon au moment de l'adolescence.

Audrey P 20/04/2017 10:26

Qu'est ce que ce schema humoristique et completement sexiste de surcroit a à voir avec le reste de l'article qui lui est interessant. Ca dessere completement l'aspect rigoureux et serieux de l'article et ca rend impossible a partager sur facebook par exemple